Discours de Marine Le Pen lors des Assises du Produire en France à Reims

| Discours - 9 septembre 2016
  • Marine Le Pen - Officiel

Discours sur le « Fabriqué en France »

Mesdames et messieurs,

Puisque je m’exprime aux « Assises du Produire en France », j’aimerais d’abord vous parler d’une production pour laquelle notre pays est mondialement reconnu depuis toujours : celle de l’intelligence, celle des ingénieurs, et notamment de l’un d’entre eux qui fut le premier de nos compatriotes à recevoir le prix Nobel d’économie…

Vous l’aurez deviné, il s’agit de Maurice Allais.

Que nous disait Maurice Allais ? Je le cite :

« L’instauration d’une société humaniste est gravement compromise si le fonctionnement de l’économie engendre du chômage, génère trop de revenus indus et si la promotion sociale est insuffisante.

La question majeure en France aujourd’hui est de toute évidence celle du chômage massif (…) il fausse complètement la répartition des revenus et aggrave considérablement les difficultés de la mobilité et de la promotion sociales. Il crée une insécurité insupportable, non seulement pour ceux qui sont privés d’un emploi régulier, mais également pour des millions d’autres dont l’emploi est dangereusement menacé. Il désagrège peu à peu le tissu social. Cette situation est économiquement, socialement et éthiquement inadmissible. »

Ecrit en l’an 2000, ce texte de notre prix Nobel d’économie est parfaitement juste, il est même prémonitoire.

Il dénonce le chômage, le développement de la précarité, la montée des inégalités.

Ce chômage de masse a une cause que Maurice Allais dénonce sans ambages, à savoir « la libéralisation mondiale des échanges », ce sont ses mots, associée à une « déréglementation totale des mouvements de capitaux et au dumping monétaire et social ».

Maurice Allais visait d’ailleurs explicitement la responsabilité de l’Union européenne et de sa politique commerciale.

Là encore, l’actualité lui donne raison.

Les négociations sur le TAFTA, mais aussi sur le CETA avec le Canada ou le Traité TISA de libéralisation des services, ne visent qu’à amplifier un phénomène qui a déjà fait tant de mal à notre économie : le libre-échange mondial et sans contrôle.

Maurice Allais était certes libéral, mais un libéral lucide et un libéral patriote, qui ne supportait pas la détresse humaine causée par une politique économique désastreuse.

Le discours mensonger sur la mondialisation prétendument heureuse a été tellement répété sur toutes les antennes et par tant d’experts différents qu’il est très inconfortable de le dénoncer.

Pourtant il le faut bien, car il n’y aurait rien de pire que de persévérer dans l’erreur.

Pour toutes les grandes organisations supranationales, le chômage qui se constate dans les pays développés serait dû essentiellement à leur incapacité à s’adapter aux nouvelles conditions imposées de façon inéluctable par la mondialisation.

Cette adaptation exigerait que les salariés soient plus flexibles, les coûts salariaux abaissés, et tout particulièrement les rémunérations des salariés les moins qualifiés.

Pour toutes ces organisations, le libre-échange ne peut être que créateur d’emplois et d’accroissement des niveaux de vie.

La concurrence des pays à bas salaires ne saurait être retenue comme cause du développement du chômage.

Et l’avenir de tous les pays serait donc conditionné par le développement mondialiste d’un libre-échange généralisé.

En fait, ces affirmations n’ont jamais cessé d’être contredites par la cruelle réalité. Presque tous les pays du monde ont des problèmes de croissance, de dettes et les inégalités n’ont jamais été aussi fortes. Le libre-échange généralisé est un échec.

Toute la construction européenne et tous les Traités relatifs à l’économie internationale ont été viciés dès l’origine par ce dogme du libre-échange absolu et mondial.

Personne ne veut donc reconnaître cette évidence : si toutes les politiques mises en œuvre depuis trente ans ont échoué, c’est que l’on a constamment refusé de s’attaquer à la racine du mal, la libéralisation mondiale excessive des échanges et la déréglementation totale des mouvements de capitaux.

Heureusement, le peuple, lui, ne s’y trompe pas. Quand il est sondé sur le sujet de la protection ou du libre-échange, il se prononce à près de 70% pour une politique protectionniste.

Dès lors, continuer à s’enfoncer dans le libre-échange est un non-sens économique autant qu’un déni de démocratie.

La mondialisation de l’économie est certainement très profitable pour quelques groupes de privilégiés, nul n’en doute. Mais les intérêts de ces groupes ne sauraient s’identifier avec ceux de l’humanité toute entière.

Une mondialisation précipitée et anarchique ne peut qu’entraîner partout chômage, injustices, désordres et instabilité ; elle ne peut que se révéler au final désavantageuse pour l’ensemble des peuples.

Cette mondialisation sauvage n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.

Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel, politique et éthique qui en assure la stabilité et la régulation.

Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification majeure et sa nécessité, c’est la protection indispensable contre les désordres et les difficultés engendrées par l’absence de véritable régulation à l’échelle mondiale.

Dépassons les caricatures, le choix réel n’est pas entre l’absence de toute protection d’un côté et l’isolationnisme de l’autre.

Il est dans la recherche d’un système qui puisse permettre à chaque économie nationale de bénéficier d’une concurrence effective et des avantages issus de nombreux échanges avec l’extérieur, mais qui puisse également la protéger contre tous les désordres et les dysfonctionnements qui caractérisent chaque jour l’économie mondiale.

Incontestablement, la politique de libre-échange mondialiste que mettent en œuvre l’Union Européenne et les partis qui la soutiennent est la cause majeure, de loin la plus importante, du sous-emploi massif dans notre pays et de sa désindustrialisation.

A cet égard, je le dis d’entrée, tous ceux qui avant moi ou après moi à cette tribune vous ont parlé, ou vous parleront, des problématiques du Produire en France sans proposer de retrouver notre indépendance comme l’ont fait les Britanniques ou, plus vicieux, en vous promettant, comme ils le font depuis 20 ans, une sempiternelle « évolution de l’Union européenne vers une Europe sociale», sont dans l’imposture.

Une imposture aussi bien intellectuelle que politique.

Prenons un exemple, si l’on voulait créer immédiatement, en restant dans le cadre actuel, plusieurs centaines de milliers d’emplois dans le secteur des énergies renouvelables en France,

il faudrait baisser le salaire ouvrier français au niveau de celui de la Chine (premier producteur mondial), supprimer la quasi totalité des charges sociales -donc le financement des retraites et de l’assurance santé- supprimer toute contrainte environnementale, toute réglementation sur la sécurité au travail et exonérer d’impôt la majorité des profits et plus-values créés par cette activité.

Cette proposition vous paraît-elle viable et socialement réaliste ? Non, pourtant, si l’on refuse l’idée même de protectionnisme, c’est le seul moyen théorique de créer massivement des emplois.

Ce plein emploi, pérenne et rémunérateur, notre pays en a besoin ! Il est possible, mais ne le sera qu’en créant des emplois industriels par centaines de milliers ou plus grâce à la combinaison d’une croissance soutenue et du progrès technologique.

Faute de pouvoir compter sur le support des acteurs économiques privés et sur la collaboration effective des autres Etats, l’alternative consiste à prendre nous-mêmes des mesures pour neutraliser les déséquilibres actuels, de sorte que les produits et services vendus sur notre marché national ne subissent pas de distorsions anticoncurrentielles, suivant qu’ils sont fabriqués en France ou à l’étranger.

Or, la vérité est que toute forme de patriotisme économique et de protectionnisme intelligent est impossible tant que nous serons prisonniers de l’Union Européenne et de l’euro !

Car l’autre obstacle majeur à la ré-industrialisation de la France est bien la monnaie unique.

Cette monnaie, l’euro, est en fait un Deutsche Mark bis, c’est-à-dire la monnaie qui fut de la seconde guerre mondiale à nos jours la plus forte du monde.

L’euro est une monnaie trop chère pour la France. Selon le FMI qui s’est exprimé le mois dernier, il est trop fort de 6% pour la France et trop faible de 15% pour l’Allemagne.

Ceci crée un déficit de compétitivité, une distorsion de concurrence de plus de 20% au détriment de nos entreprises exportatrices dont la conséquence est un déficit chronique de notre commerce extérieur depuis plus de quinze ans.

Depuis 2001, entre libre-échange excessif et euro trop cher, la France a ainsi perdu un million d’emplois industriels ! L’industrie française est saignée à blanc et la France s’appauvrit.

Venons-en à présent aux faits et aux propositions immédiates que je formule sur le « Produire en France » et le patriotisme économique, propositions élaborées entre autre en collaboration avec le collectif Croissance Bleu Marine et le collectif Audace dirigé par le jeune fondateur du « petit polo français ».

Tout d’abord, rappelons que la réglementation de l’Union européenne pose plusieurs interdits qui rendent impossible la promotion du « Fabriqué en France » :

– L’Union Européenne interdit aux consommateurs français de savoir où a été fabriqué un produit. A l’exception de certains produits alimentaires, L’État français ne peut pas instaurer une mention obligatoire « Made in France », cette mention ne peut être que facultative.

Les entreprises ayant le label Origine France Garantie le savent.

Du coup, l’Etat ne peut pas non plus imposer aux producteurs étrangers d’indiquer où est fabriqué un produit.

L’Etat ne peut en fait rien faire pour informer correctement le consommateur du lieu de fabrication d’un produit.

– L’Etat français n’a même pas le droit de créer une indication géographique protégée, les fameux AOC, sans demander l’autorisation à la Commission Européenne. Nous ne sommes même pas libres de laisser des producteurs afficher leur respect des traditions !

– L’État français ne peut pas financer des opérations de promotion ou faire de la publicité pour le « Fabriqué en France ».

Encourager les entreprises à souscrire à un label, voilà toute la marge de manœuvre laissée aux États par l’UE.

– Concernant l’État et les collectivités locales, la provenance d’un produit ne peut pas être un critère de choix dans leurs achats. Un marché public ne peut pas être attribué de façon préférentielle à des entreprises locales ou nationales.

On le voit, prétendre faire du patriotisme économique en l’état des interdits imposés par l’Union Européenne est donc un vaste enfumage. Cela est rigoureusement impossible sauf à enfreindre les directives et donc la loi européenne.

Cela pose d’ailleurs le problème de l’information honnête du consommateur : cette interdiction de demander le marquage du lieu de fabrication des produits est un mensonge par omission auprès du consommateur.

Le retour de notre souveraineté est donc une condition indispensable pour promouvoir le « Fabriqué en France » et aider ainsi les entreprises françaises.

Cette souveraineté, dans toutes ses dimensions : territoriale, législative, économique et monétaire est la clé de voûte et la pierre angulaire de mon projet pour la France.

Aussitôt notre souveraineté retrouvée, voici ce que nous ferons ensuite pour favoriser le « Fabriqué en France » :

– Tout comme l’a fait Obama avec son plan de relance de l’économie américaine en 2009, à qualité égale les produits français seront sélectionnés dans les marchés publics tant que leur prix n’excédera pas 25% du prix du produit étranger concurrent.

C’est donc un « Buy American Act » renforcé à la française que nous voulons.

Les Américains le font, pourquoi n’aurions-nous pas le droit de protéger nos entreprises ?

Est-ce scandaleux de demander que l’impôt des Français serve à acheter des produits français et encourage donc l’emploi français ?

– Evidemment, dans les domaines de la défense et de la sécurité, les produits seront automatiquement fabriqués en France.

Notre Défense nationale ne peut pas dépendre de la fourniture de produits par une entreprise étrangère. C’est pourtant ce que fait de façon idiote ce gouvernement en prévoyant par exemple d’acheter le remplaçant du fusil Famas à l’étranger.

De manière générale, une production française sera donc systématiquement préférée sauf si le délai ou le prix de production est clairement déraisonnable.

Là aussi, nous utiliserons les mêmes stratégies de protection que les Américains et personne ne pourra nous le reprocher.

– En ce qui concerne les biens de consommation, nous demanderons aux fabricants d’indiquer visiblement sur tous les produits vendus en France quels sont les pays de fabrication.

C’est un devoir de transparence que nous devons aux consommateurs. Un produit où plus de 50 % de la valeur ajoutée a été créé en France, aura une mention très visible « Fabriqué en France » avec un petit drapeau français.

Le drapeau français ne pourra être utilisé que par les produits qui remplissent ces conditions. Le consommateur français saura donc d’un seul coup d’œil que le produit qu’il achète a été fabriqué dans son pays.

Les Français pourront ainsi choisir d’acheter français et de faire du patriotisme économique s’ils le souhaitent et ils sont nombreux à le souhaiter.

Or, je le répète, cette mesure, si simple, si évidente, frappée au coin du plus pur bon sens, est impossible à mettre en œuvre tant que nous serons dans l’Union Européenne…

– Nous ferons aussi une publicité importante de ces nouvelles règles pour que chaque Français les connaisse et soit bien informé lorsqu’il achète un produit.

Avec la promotion du fabriqué en France, chaque Français pourra acheter des produits plus durables et de meilleure qualité. La différence de prix sera dans de nombreux cas compensée par une plus grande durée de vie.

C’est donc une mesure de patriotisme économique mais aussi une mesure écologique que de choisir de telles règles.

Ce patriotisme économique permettra de recréer un cercle économique vertueux : quand un produit est fabriqué en France, les recettes fiscales, les cotisations des salariés sont payées en France et alimentent les caisses de l’Etat.

L’achat de produits fabriqués en France sera donc bon pour notre économie, il sera aussi bon pour réduire le déficit budgétaire et la dette française !

Et bien entendu, cette richesse, ces emplois et ces entreprises créés en France, permettront d’avoir un niveau d’imposition des ménages et des entreprises plus bas.

Nombreux sont les consommateurs qui n’ont pas conscience qu’au bas prix d’un produit fabriqué en Asie ou ailleurs, il faut rajouter le prix du chômage des emplois perdus en France.

Ce patriotisme économique permettra enfin de créer des filières industrielles en France et boostera, y compris, nos exportations.

Si la défense française n’avait pas démontré l’efficacité des mirages en équipant massivement l’armée française, nous n’aurions pas exporté autant de mirages.

De la même manière, les achats de panneaux solaires par EDF devant être automatiquement fabriqués en France, cela permettra à une filière française d’émerger et de se renforcer.

Aujourd’hui, l’absence totale de règles sur les achats publics a détruit la fabrication française de panneaux photovoltaïques. Les Chinois, premiers producteurs mondiaux de panneaux solaires ont déversé leurs produits à bas prix dans une Union Européenne complètement désarmée par son idéologie alors même que les marchés publics chinois étaient protégés. Nous devons cesser d’être les idiots du commerce international !

Ces règles sur les marchés publics engageront une grande dynamique de créations et de développement d’entreprises. Nous devrons donc adopter de nouvelles mesures pour faciliter la création et le développement des entreprises françaises pour faire face à cette demande publique.

La création de ces nouvelles filières industrielles devra également s’accompagner d’un effort poussé en faveur de l’innovation. J’y reviendrai longuement au cours de ma campagne présidentielle car je veux être la championne non seulement du “fabriqué en France” mais aussi de l’innovation !

Il faudra maximiser les capacités d’investissements, notamment en encourageant bien davantage qu’aujourd’hui la formation de fonds de «capital risque » destinés à soutenir les futures entreprises du « Produire en France ».

Enfin, nous avons le devoir de soutenir notre agriculture, un des piliers de la France, aujourd’hui en grande difficulté du fait de l’euro fort et du libre-échangisme.

Dans toutes les cantines françaises des écoles, des universités ou des administrations, les repas seront très largement composés de produits cultivés en France.

Nos enfants doivent être nourris avec des produits sains, sûrs, d’origines connues. Une loi sera déposée expressément sur ce sujet. Elle permettra d’aider grandement nos agriculteurs et relancera ce pilier de la France éternelle.

Toutes ces nouvelles mesures que nous prendrons aideront à relancer notre industrie ; clé de la richesse d’un pays.

Par | 2016-09-09T13:50:22+00:00 9 septembre 2016|Discours|

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