Débat en séance plénière avec Emmanuel Macron (Parlement européen)

| Interventions - 17 avril 2018
  • Nicolas Bay - Officiel

Intervention de Nicolas Bay, Co-président du groupe Europe des Nations et des Libertés

Monsieur le Président,

Si vous êtes parvenu sans grande difficulté à ne pas nous faire regretter votre prédécesseur François Hollande, votre récente décision de suivre les États-Unis dans une intervention militaire unilatérale en Syrie va peut-être nous faire regretter Jacques Chirac, qui eut au moins le mérite de dire NON aux va-t-en-guerre anglo-saxons.

N’avez-vous donc rien retenu, vous et tous les autres, de l’Irak ou de la Libye ? De ces interventions que leurs auteurs ont justifiées à l’époque déjà par des considérations morales mais qui ont abouti à semer la guerre, le chaos et permis aux djihadistes de prospérer. N’êtes-vous donc pas conscients qu’en France comme en Syrie ce sont aussi les pires des islamistes qui ont applaudi vos frappes ?

En matière internationale comme dans bien d’autres, vous êtes finalement loin, bien loin, du « nouveau monde » que vous prétendez incarner.
Vous coalisez autour de vous, dans un réflexe de citadelle assiégée, tous les bénéficiaires de ce vieux monde, d’un modèle à bout de souffle, tous ceux qui ont intérêt à ce qu’il se perpétue, tous ceux qui rêvent encore du « village global ».

Sous les allures d’une certaine modernité et non sans quelques habiletés de communication qu’il faut bien vous reconnaître, vous êtes finalement à contre-courant du monde qui vient :
Pour des raisons humaines et culturelles, pour des impératifs économiques et écologiques, ce siècle sera celui du retour de la notion même de limite, et donc de frontière.
N’en déplaise aux zélotes de la libre-circulation sans frein des biens et des personnes, devenue libre-circulation des armes et des terroristes !

Dimanche soir, vous avez déclaré, je cite, que la France devait être « un pays plus flexible et plus mobile ». Mobilité, flexibilité… Ces mots sont des slogans. Un langage de pub, si éloigné de la véritable Politique et de ses exigences. Ce que nous devons garantir, c’est une France durable et des nations durables en Europe.

Les peuples se sont mis à parler, Monsieur le Président. Écoutez ce qu’ont dit, tour à tour, le Royaume-Uni, l’Autriche, l’Italie, la Pologne, la Hongrie. Et la France !

Ces peuples veulent que leurs économies, leurs entreprises et leurs emplois soient protégés de la concurrence déloyale et de la mondialisation sauvage. Ils ne veulent ni des travailleurs détachés ni des traités de libre-échange dont une petite minorité est bénéficiaire au détriment de l’économie réelle et des peuples qui en souffrent !

Ils veulent en finir avec l’immigration sans frein et sans fin. Ils veulent retrouver leur souveraineté, c’est-à-dire tout simplement leur liberté.

Oui, les peuples veulent pouvoir décider pour eux-mêmes ! Autrefois, on appelait cela la démocratie.

Les peuples expriment leur rejet de cette Union européenne qui entend décider de tout mais se montre INCAPABLE de relever les défis où elle est réellement attendue. Mélange paradoxal de dérégulation et de surrèglementation.
Absente et impuissante dans l’innovation technologique, dans la sécurité alimentaire, dans l’intelligence artificielle ou dans la protection des données personnelles, l’Union européenne est en revanche omniprésente lorsqu’il s’agit d’atteindre à la liberté des États membres.

Vous voulez accélérer en laissant de côté les nations qui ne partageraient pas vos choix et qui, selon votre propre expression, ne voudraient pas « avancer ».
Mais avancer vers quoi Monsieur le Président ? Avancer vers plus d’intégration européenne, moins de régulation économique, plus d’immigration et de communautarisme ?
Avec vous, ce serait donc l’Europe sans la Hongrie mais avec la Turquie !

« Il me paraît impossible d’imaginer pour l’Europe une renaissance qui ne tienne pas compte des exigences de L’Enracinement » disait Albert Camus en parlant de l’œuvre de Simone Weil, la philosophe.

Oui la renaissance, la refondation de l’Europe doit s’enraciner dans nos nations, dans notre civilisation commune.

C’est le défi de l’identité que nous devons relever ensemble. L’identité des nations n’est pas un poids, elle est au contraire une arme et un bouclier dans la mondialisation, elle peut y être un formidable facteur de réussite et de rayonnement.

L’Europe des nations, des coopérations et des protections : voilà l’avenir que les peuples sont en train d’écrire !

Et c’est devant eux, que nous vous donnons rendez-vous, dans un an.

Par | 2018-04-17T13:30:39+00:00 17 avril 2018|Interventions|

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