Conférence de Presse ENL sur les 55 ans du Traité de l’Elysée

| conferences-de-presse - 23 janvier 2018

Conférence de presse de Nicolas Bay, co-président du groupe ENL, et Marine Le Pen, député du Pas-de-Calais sur la résolution discutée à l’Assemblée nationale et au Bundestag pour les 55 ans du traité de l’Elysée :

Mes chers collègues députés, mesdames et messieurs les députés européens, mesdames et messieurs,

L’Europe est un thème qui devient décidément très à la mode, une mode qui ne fera que s’affirmer d’abord parce que la problématique européenne est centrale et ensuite parce que ce débat politiquement si important sera arbitré par les Français dans 18 mois.

Ce matin, le Bundestag a voté un texte demandant un nouveau traité de l’Elysée et sans surprise ce texte devrait être voté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale en fin d’après-midi.

Tout d’abord, et pour que vous évitiez d’écrire que la position que j’exprime ici sera absente du débat dans l’hémicycle, sachez que nous n’avons pas pu disposer du moindre temps de parole dans cette discussion.

Le tirage au sort qui semble être la règle pour les non-inscrits ne nous a, encore une fois, pas été favorable…
Nous observerons que le sort nous est finalement rarement favorable dès qu’il s’agit de textes importants ou symboliques.

Cette résolution a donc pour titre « Pour un nouveau traité de l’Elysée » ; il me semble tout d’abord nécessaire de rappeler ce qu’a été le traité de l’Elysée et notamment remettre en lumière l’infidélité que les Allemands nous ont fait et fait à l’Europe il y a 55 ans…

Le traité de l’Elysée était une réponse du chef de la France libre à la volonté de domination américaine sur le Vieux Continent.

Le général de Gaulle avait bien conscience que les Etats-Unis avaient pour dessein d’utiliser la construction européenne comme un outil de vassalisation de l’Europe : je le cite : « il y aurait peut-être un fédérateur mais il ne serait pas européen ».

Le général de Gaulle souhaitant que la France, qui était alors sur le point de devenir une puissance nucléaire, devienne le centre de gravité de l’Europe, proposa de construire une Europe européenne et entrepris donc de convaincre les cinq autres pays formant alors la CEE.

C’est ainsi qu’il proposa à l’Allemagne un traité d’amitié et de coopération dont l’un des objectifs était de séparer l’Allemagne (de l’Ouest à l’époque) de son tout puissant protecteur américain.

Le général de Gaulle proposa alors un traité qui ne mentionnait ni les États-Unis d’Amérique, ni la Grande-Bretagne, ni l’OTAN, ni les accords du GATT.
Et c’est bien ce traité qui fut signé le 22 janvier 1963 par la France et l’Allemagne.

Mais, lors du vote de ratification par le Bundestag, sous pression américaine, les Allemands votèrent unilatéralement un préambule qui comporte les quatre points que de Gaulle avait voulu exclure du Traité de l’Elysée.

Ainsi s’est constitué le socle d’une construction européenne germano-centrée et soumise aux États-Unis.

De Gaulle était clairement visionnaire lorsqu’il expliqua à Alain Peyrefitte que « L’Europe supranationale, c’est l’Europe sous commandement américain ».
C’est toujours vrai aujourd’hui.
Bref je ne vois pas l’intérêt de célébrer ce traité dont la ratification par l’Allemagne fut un mauvais procédé contre la France et une trahison de la vraie idée de l’Europe.

Pour en revenir à notre actualité, je note une première chose. C’est que le temps est aux accords bilatéraux.

Jeudi, le président de la République négociait avec le Premier ministre britannique.

Sur le fond, M. Macron, qui n’est pas à une contradiction près est venu apporter la preuve de l’inanité et de l’inefficience des modes de fonctionnement de l’Union Européenne.

Le Brexit qui était présenté comme sacrilège, comme inadmissible, parce que prétendument attentatoire à l’idée européenne nous montre, on le voit avec des accords bilatéraux avec la France, la voie pour une réhabilitation des coopérations librement acceptées.

Les Britanniques eux-mêmes sont certainement favorables à une nouvelle organisation si l’UE était remplacée par une Europe des Nations libres et souveraines.

Aujourd’hui la majorité « En Marche » rejointe par les partisans de tous bords de l’Union Européenne appelle de ses vœux un traité franco-allemand.

Or, je n’ose vous rappeler que c’est précisément vers ce type de coopération européenne que nous voulons aller.

Une Europe dans laquelle les pays restent entièrement souverains et signent librement des accords avec tel ou tel autre pays.

Le déplacement outre-Manche du président de la République souligne bien que le Brexit n’a nullement éloigné la Grande-Bretagne de l’Europe, mais seulement de l’Union Européenne.

Nous allons nous apercevoir très vite que les relations franco-britanniques gagneront en efficacité en dehors du cadre de l’Union Européenne.
Alors, si nous sommes pour les accords bilatéraux, nous considérons qu’il faut qu’ils bénéficient aux deux parties.

Or, plusieurs sujets évoqués dans le texte de la résolution me semblent davantage bénéficier à l’Allemagne qu’à la France.

Cela est frappant en matière de défense et plus largement de politique étrangère.

Nous remarquerons par exemple que l’Allemagne n’a jamais réellement apporté son concours à la France dans sa lutte contre l’Etat Islamique dans la bande sahélo-saharienne ; nous noterons le risque pour notre industrie de défense d’être pénalisée pour ses exportations par l’accord de gouvernement Merkel-Schultz qui exclut par exemple la possibilité d’exporter des armements au Moyen-Orient.

La position allemande en matière énergétique ne permet pas davantage de manière réaliste d’envisager des politiques convergentes.

L’abandon idéologique du nucléaire au profit de centrales à charbon insuffisantes et polluantes comme le projet de basculement dans les énergies de substitution en 2050 ne semblent pas pouvoir correspondre au modèle énergétique français.

Et je ne parle pas de convergence du modèle social lorsque l’Allemagne construit son système sur le principe de précarisation généralisée, soutenu par l’importation d’une main d’œuvre étrangère peu exigeante.

Bref, le socle commun vers lequel veut aller M. Macron nous conduit à un nivellement par le bas.

On en a eu les prémices avec la loi El Khomry et les ordonnances Pénicaud.

Le traité bilatéral qui nous est proposé nous semble déséquilibré et procède une fois encore de la vision allemande.

La France fait des sentiments quand l’Allemagne sert une realpolitik au service de sa vision et de ses intérêts.

Le couple franco-allemand qui sert d’alibi sentimental quand la magie de l’Union européenne n’opère plus relève de la fiction ;
L’idée d’un couple franco-allemand est une notion franco-française.
En Allemagne, personne et même pas les dirigeants ou candidats aux élections n’en évoquent seulement l’existence.

Dans le texte de l’alliance germano-américaine signée par MM. Bush et Schröder en 2004, il apparaît très clairement que l’Allemagne entend privilégier toujours une alliance avec les États-Unis sur toute autre.
Il n’y a que les dirigeants français qui ne veulent pas le voir.

Pire, les gouvernements successifs de droite et de gauche ont sous-traité la politique européenne de la France à l’Allemagne.
Pour la politique européenne ?
On fait comme veut l’Allemagne !
En France quand la Constitution française est contraire aux traités on change la Constitution.
En Allemagne quand la Constitution allemande est contraire aux traités on change les traités.

Les textes du traité de l’Elysée et notamment son préambule qui sous-tend la tutelle américaine sur l’Allemagne comme celui de la résolution, entérinent le déséquilibre entre nos deux pays.

Il nous semble que l’Europe n’a pas besoin d’un énième plan de relance à partir d’un modèle qui a abouti à un échec, mais doit se construire sur un autre modèle.

C’est bien cet autre modèle que nous proposons -et que notre famille politique dans son acceptation la plus large- est la seule à proposer.

Vous aurez noté que le président du groupe Les Républicains, M. Christian Jacob est signataire de cette résolution.
Force est donc de constater qu’en matière de politique européenne le parti de M. Wauquiez se range totalement derrière M. Macron.
Cette clarification confirme qu’entre M. Macron et nous, il n’y a rien.

Nous nous trouvons bien en face de deux modèles de construction européenne radicalement différents :

L’un soumis à l’Allemagne sur un modèle inspiré des Américains et par les Américains, un modèle inadapté à l’Europe, un modèle qui échoue et périclite comme le montre ce besoin vital de plans de relance successifs ; cette Europe ne s’impose pas par le cœur mais à coups de normes austères, répressives et disciplinaires, de chantage et de menaces, même contre les peuples.

C’est une Europe carcérale.

L’autre modèle que nous défendons et qui procède d’une idée de l’Europe conforme à l’histoire et aux valeurs de notre continent, une idée de l’Europe soucieuse de la diversité de ses nations, respectueuse de ses peuples et garante de la légitime souveraineté de ses États : cette Europe c’est une Europe à la carte, une Europe dans laquelle les pays viendront librement s’allier sur telle ou telle politique, sur tel ou tel projet.

Notre Europe est celle des nations et de leur liberté.

Ce projet nous l’avons dénommé : « l’Union des Nations Européennes »

Nous travaillons en ce moment à établir les conditions juridiques, techniques et politiques qui permettront le passage progressif de l’Union Européenne à l’Union des Nations Européennes, la transition de l’UE à l’UNE.

L’Union Européenne se perd dans les méandres de ses propres obsessions normatives alors que d’énormes chantiers concernant la sécurité de l’Europe, sa prospérité ou son devenir sont ignorés.

Est-il indispensable de légiférer sur la courbure des bananes ou sur le niveau sonore des tondeuses à gazon, lorsque des entreprises européennes sont rackettées par les tribunaux américains au nom de l’hégémonique extraterritorialité des lois américaines.

N’y a-t-il pas urgence à s’interroger sur la sécurité numérique lorsque, par ses géants de l’internet, les Etats-Unis contrôlent, notamment par les moteurs de recherche, toutes les données, toutes les conversations de nos entreprises y compris les plus sensibles ?
N’y a-t-il pas urgence à rendre aux nations le droit de dire Non aux accords de libre échange qui leur sont imposés, CETA, Mercosur alors que mettant en danger notre sécurité alimentaire et ruinant nos producteurs, ils touchent à notre modèle de société. N’y a-t-il pas urgence à rendre aux nations le droit de rédiger leurs propres accords commerciaux.
Que dire du besoin urgent de traiter la fiscalité applicable à des groupes aux activités immatérielles comme les GAFA qui narguent nos États ?

Les domaines possibles de coopérations utiles ne manquent pas : l’intelligence artificielle, les nanotechnologies, le numérique, les bio technologies etc … il conviendra de solliciter tel ou tel pays pour travailler ensemble.

L’immigration est un sujet majeur en ce début du vingt-et-unième siècle qui voit, comme le Front National l’avait prédit il y a déjà longtemps, la poussée de grandes migrations planétaires.

L’Espagne, l’Italie comme de nombreux pays d’Europe ressentent la nécessité d’accords sur la maîtrise drastique de ces flux. J’avais proposé pendant la présidentielle un accord tripartite permettant à nos marines respectives d’agir de concert pour sécuriser puis ramener chez eux les migrants.

L’approvisionnement énergétique est une priorité pour la Pologne, alors lançons des projets communs.

Dans le domaine de la défense, Français et Britanniques peuvent avoir intérêt à des coopérations sur des programmes d’entraînements, de simulateurs ou de matériels.
Déjà nous travaillons ensemble dans l’intelligence artificielle, les drones la furtivité ou les missiles de croisière.

C’est, je crois, un sujet qui a été abordé par Emmanuel Macron et Teresa May la semaine dernière, preuve qu’il nous faut sortir de l’étau de l’Union Européenne pour ouvrir le champ de coopérations utiles.
La question agricole mérite d’être entièrement revue.

Cela doit donner lieu à des accords personnalisés entre pays agricoles pour trouver, dans l’intérêt des producteurs de chaque pays, les justes régulations en matière d’exportations.
Et je pourrais multiplier ainsi les exemples.

Voilà la véritable application du principe de subsidiarité, qui n’est pas, n’en déplaise aux eurolâtres, de donner tous les pouvoirs à une Commission qui ensuite les redistribue de manière clientéliste aux régions avec l’idée de saper l’autorité et la légitimité des nations.
Concrètement, l’Europe que nous proposons c’est un cadre où tout le monde gagne et non un monde où seule l’Allemagne en tire intérêt.

En effet, la France, et la résolution discutée ce jour me semble une belle illustration, la France semble atteinte du syndrome de Stockholm.
Nous adorons l’Allemagne alors que l’Allemagne à travers l’Union européenne ne nous est en rien bénéfique parce qu’elle défend ses intérêts et exclusivement ses intérêts.

Qui engrange des excédents démesurés, la France ou l’Allemagne ?
Qui a son taux de chômage à 3,6 %, la France ou l’Allemagne ?

Qui accueille des migrants les bras ouverts pour ensuite les envoyer dans les autres pays ?
Regardez les chiffres des demandeurs d’asile, -33% en Allemagne, +14% en France.

Et dans le même temps, qui protège l’Europe en intervenant quasiment seule dans la bande sahélo-saharienne ?

Vous voyez, la construction germano-centrée de l’Europe n’est en rien gagnante pour notre pays.

C’est pourtant la voie que choisissent de suivre les partisans de l’Union Européenne qu’ils appartiennent à En Marche, au PS ou à LR.

La résolution qui est proposée apparaît, à l’évidence, comme la première ébauche du futur programme d’Emmanuel Macron et de ses ralliés pour les prochaines élections européennes.

Notre projet pour l’Europe sera radicalement différent vous l’aurez compris.

Il reposera sur la défense de la souveraineté française, et non la dictature de la Commission.

Il reposera sur le choix des peuples libres et non sur celui des technocrates soumis aux groupes d’intérêts.
Il reposera sur la défense d’une Europe des peuples et non d’une Union Européenne au bénéfice presque exclusif de l’Allemagne,
Il reposera sur des coopérations bilatérales des Etats, en fonction de leurs intérêts respectifs ;

Il reposera sur l’indépendance des pays d’Europe émancipés de toute tutelle notamment américaine dans le cadre d’un monde multipolaire, seul cadre capable de promouvoir la paix.

Cette vision comme vous le savez, comme notre groupe au Parlement européen le démontre, nous la partageons avec de nombreux partis d’Europe, et certains sont même au pouvoir, je pense bien évidemment au FPÖ et peut-être bientôt au Italiens.
Cette vision de la construction européenne, notre vision de l’Europe, nous souhaitons qu’elle devienne majoritaire au sein du Parlement européen.

C’est l’objectif auquel nous travaillons pour le grand rendez-vous des européennes.

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2018-01-23T14:39:42+00:00