Fête des Nations – Discours de Marine Le Pen

| discours - 3 mai 2018

Mesdames Messieurs,

Chers amis parlementaires et dirigeants des partis du Groupe ENL,

Puisqu’il me revient l’honneur et le plaisir de conclure cette rencontre d’ENL, et des formations nationales d’Europe dans ce bel Acropolis de Nice, qu’il me soit permis de vous exprimer ma reconnaissance pour votre présence si fraternelle, pour votre amitié tellement précieuse et pour la chaleur de votre enthousiasme.

Nous sommes réunis pour parler de l’Europe, de cette Europe dont on a usurpé le nom pour le mettre au service d’un projet qui n’a rien d’européen.

Notre Europe est une belle idée, une idée qui conjugue l’histoire, le présent et l’avenir, une idée qui redéfinit un juste équilibre entre la coopération des nations et la souveraineté de nos états, une idée qui allie l’organisation nécessaire de notre continent avec les peuples qui le composent.

L’Europe, c’est le conte mythologique d’une jeune fille belle et naïve entrainée par le Dieu Zeus qui pour l’occasion s’est muté en un taureau d’un blanc immaculé, une histoire qui vient illustrer l’allégorie d’un continent qui a besoin d’être conduit pour accomplir son destin.

A de nombreuses reprises, dans leur histoire immémoriale, les peuples européens se sont trouvés à la croisée des chemins ; à chaque fois, l’histoire a voulu qu’ils sortent victorieux des menaces d’invasion et d’asservissement et qu’ils fassent triompher les valeurs d’une civilisation parmi les plus brillantes que l’humanité ait jamais portée, une civilisation qui a éclairé le monde de son idéal de liberté, qui a enrichi la science de son intelligence et les arts de son génie créatif.

En tant que Français, nous sommes les héritiers de cette civilisation et c’est à nous qu’il revient l’immense responsabilité de ne pas rompre la chaîne invisible, de faire perdurer et enrichir cette magnifique œuvre qui est, parce que c’est une loi de l’histoire des hommes et du monde, sans cesse remise en cause.

De notre héritage helléno-chrétien que nous brandissons avec fierté, nous revendiquons une conception particulière de l’homme qui reconnaît l’individu en tant que personne libre, unique, autonome : « le maître vaut l’esclave et l’esclave vaut le maître ».

De cette idée qui fut en son temps révolutionnaire et qui l’est encore dans de nombreux endroits, découle la valeur que nous donnons à l’être humain, la sacralisation du libre arbitre, la reconnaissance du consentement personnel (dans les contrats ou dans le consentement au mariage par exemple), de la propriété individuelle et de la responsabilité qui sont, par prolongement, les fondements de notre démocratie politique.

« Un homme, une voix » c’est le principe de notre système politique.

L’Europe ne croit pas en la prédestination, mais dans la liberté de choisir sa voie, une inclinaison particulière d’esprit qui fait de notre continent celui de la science et du progrès.

Ces valeurs nous semblent naturelles, pourtant elles n’existent nullement dans toutes les sociétés du monde.

Chez nous en France, ces principes de liberté et d’égalité se traduisent également par l’obligation morale de l’entraide : les uns parlent de charité, les autres de fraternité, mais derrière on retrouve cette exigence d’un altruisme qui ne peut résumer la vie en un parcours égoïste.

« On n’est pas heureux tout seul !».

Ces valeurs que les Lumières ont pris soin de séculariser sont résumées dans notre devise républicaine « Liberté-Egalité-Fraternité », nous les défendons.

Elles constituent le socle sur lequel notre nation s’est bâtie et que chacun d’entre nous, que chaque Français, reconnaît.

Lors de son discours au Collège des Bernardins, le 9 avril dernier, M. Macron est venu révoquer les racines chrétiennes par cette formule prononcée dans le flot du discours mais tellement révélatrice :

« Je sais que l’on a débattu, comme du sexe des anges, des racines chrétiennes de l’Europe. Et que cette dénomination a été écartée par les parlementaires européens. Mais après tout, l’évidence historique se passe parfois de tels symboles. Et surtout, ce ne sont pas les racines qui nous importent, car elles peuvent aussi bien être mortes. »

Trois commentaires :

  • Evoquer nos racines reviendrait pour M. Macron à discourir sur le sexe des anges ! C’est là une désinvolture intellectuelle qui en dit long.
  • Les « racines mortes » : M. Macron croit-il pouvoir abolir d’une formule ce qui fait l’identité d’un continent pétri de valeurs communes, l’identité profonde de la France depuis Clovis, l’identité de chacun d’entre nous. Il réitère ainsi son idée délétère selon laquelle il n’y aurait pas de culture française, l’idée d’un monde nomade, d’un univers artificiel.

Imagine-t-on dans la nature un arbre sans racines ? Pas nous !

Pour nous, l’Europe, c’est d’abord un tronc commun, c’est un arbre immense, multimillénaire dont les branches qui tendent vers le ciel seraient les peuples.

  • Dans son intervention, M. Macron poursuit sans se démonter :

« Et surtout, ce ne sont pas les racines qui nous importent, …. Ce qui importe, c’est la sève…. ».

En clair, le banquier d’affaire décrète – aussi froidement qu’on rachète un crédit- que, comme l’on remet les compteurs à zéro, que du passé nous faisons table rase, nous devons considérer que ce qui compte n’est plus du tout ce qui fut, mais uniquement ce qui sera.

Au-delà, vous l’avez compris les amis, ce que nous dit le chef de l’Etat c’est que le christianisme serait, en termes de référence civilisationnelle, une religion comme les autres.

Or, j’ai expliqué pourquoi, je le réaffirme, nous revendiquons les racines chrétiennes de la France.

Elles sont d’ailleurs autant une référence culturelle que religieuse.

Tout le monde fête noël, ceux qui croient comme ceux qui ne croient pas.

Le dire, ce n’est pas là attenter à la laïcité à laquelle nous croyons et que nous défendons.

Concrètement, allons-nous accepter que l’on change notre calendrier pour nous imposer des jours fériés d’autres religions ?

Et demain que nous imposera-t-on ?

Des interdits alimentaires, des obligations vestimentaires, des interdictions sexistes qui émanent d’autres systèmes de valeurs ?

Bien sûr que non !

Le projet de M. Macron, on le pressent, c’est un projet qui, sous des airs enchanteurs, prépare la bifurcation identitaire de l’Europe et de la France.

Ce qui importe à M. Macron, ce n’est pas qui nous sommes, mais combien nous produisons, combien nous gagnons, combien nous consommons.

Cette question de nos racines ne relève pas d’une nostalgie angoissée, d’un repli, pour reprendre son tic de langage à notre égard, mais elle est une évidence historique.

Elle s’impose d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un ressassement stérile, mais du réveil de valeurs partagées et donc unificatrices.

L’Union Européenne que M. Macron veut sauver va à rebours des valeurs qui sont le fondement de l’Europe.

L’Europe qui a inventé la démocratie n’a pas besoin d’importer d’outre-Atlantique son modèle d’organisation, un modèle, on en a fait l’expérience, qui ne correspond ni à son histoire, ni à son intérêt présent, ni à ce qu’elle entend devenir.

L’UE de M. Macron n’est pas consentie mais carcérale :

En Europe, il ne peut y avoir de coopération imposée comme il ne peut y avoir de mariage forcé. L’UE n’est pas comme elle le prétend l’Europe de la liberté.

Nous le constatons, l’UE n’attire pas par la pertinence, la force ou la puissance affective de son projet, mais par l’argent qu’elle promet.

Et attention, l’UE c’est comme l’Union soviétique quand vous y êtes, vous n’avez plus droit d’en sortir.

Or, ceux qui envisagent l’organisation du continent comme la prison des peuples n’ont rien compris à ce qu’était l’Europe, ils n’ont rien compris à ce que sont les valeurs de l’Europe dont la principale, mais le savent-ils vraiment,  est la liberté.

Il n’est pas de pire crime que d’asservir un peuple.

Il ne peut y avoir dans notre conception politique, une police politique appelée l’Olaf, une sorte de Stasi déguisée en organisme indépendant, chargée de persécuter les opposants comme elle le fait contre le Front national, une sorte de « Securitate » (la police politique de Ceausescu) qui tente d’intimider les dirigeants récalcitrants ou leurs proches comme elle le fait pour Viktor Orban.

Savez-vous que l’Olaf se permet sur un simple rapport unilatéral de mettre à l’amende les états qu’elle décrète coupables de « manquements » imaginaires aux règles de l’UE. C’est ainsi qu’elle a infligé une amende de 2,7 milliards à la Grande-Bretagne coupable – tenez-vous bien- « de ne pas avoir suffisamment protégé ses frontières ».

On a les guerres de sécession qu’on peut !

Pourquoi l’Olaf ne poursuit-elle pas les commissaires européens du chef de manquement à la protection des frontières ?

Il me semble que le manquement serait largement constitué.

L’UE  se présente comme l’Europe de la Paix ; si ce n’était pas un mensonge, pourquoi M. Barnier cherche-t-il en son nom, en représailles du Brexit, à  réanimer le conflit d’Irlande du Nord ?

Comment une Europe de la paix peut-elle soutenir des interventions militaires décidées en violation manifeste du droit international ?

Est-ce une Europe de la paix qui tente en envenimant sciemment ses rapports avec les peuples de l’est de rebâtir le mur de Berlin et de nous replonger dans la guerre froide ?

L’Europe que M. Macron appelle « souveraine » n’est pas l’Europe libre et indépendante.

Elle présente cette caractéristique d’être soumise avec les Etats-Unis mais dictatoriale avec les états nations.

Plus l’UE a de pouvoirs moins les états en ont.

Son organisation, ou devrais-je dire sa bureaucratie, est aux mains de commissaires anonymes, illégitimes et arrogants qui agissent en vertu de pouvoirs qu’ils croient de droit divin.

« L’Europe souveraine » de M. Macron est en réalité une organisation transnationale, post nationale et même antinationale.

Elle procède d’une conception fédérale voire impériale.

Cette Europe des commissaires, cette grise et sombre oligarchie ivre de ses directives et de son pouvoir de sanction, administre non plus des peuples mais des populations.

Entité désincarnée, aveuglée par son idéologie du libre échangisme et du sans frontiérisme, l’UE croit pouvoir nous imposer cette folie migratoire qui est en train de faire sombrer l’Europe.

Vous le voyez, l’Union européenne n’est pas l’Europe ; c’est même l’Union antieuropéenne puisque, on le voit à Lampedusa à Calais, ou, pas loin d’ici à Menton, elle ne sert pas l’idée de l’Europe, mais travaille à sa destruction par dilution et submersion.

On nous parle à propos de l’UE de « l’Europe qui protège ».

La réalité de ce que M. Macron croit pouvoir appeler « l’Europe qui protège », ce sont des agriculteurs poussés au suicide, ce sont des PME écrabouillées sous la réglementation et soumises à la concurrence déloyale jusqu’à la faillite, ce sont des chauffeurs de poids lourds polonais ou roumains que l’on fait vivre honteusement sur nos aires d’autoroutes quand leurs homologues français, eux, disparaissent par la concurrence de ces esclaves de la route.

Ce qu’ils nomment « ouverture » n’est rien d’autre, dans le contexte de la mondialisation et de la guerre économique, qu’un désarmement moral, économique, territorial.

Ce qu’ils nomment « convergence », nous l’appelons l’uniformisation, or l’uniformisation est pour nous un appauvrissement.

Il n’y a dans leur projet ni l’immanence de nos patries ni la transcendance d’un grand projet.

Notre Europe, ce n’est pas seulement un grand marché ou une zone administrative d’application de directives, c’est une histoire qui d’Athènes et de Rome s’est ouverte à ces territoires terrestres et scientifiques que nous avons découverts,  c’est une géographie qui embrasse cinquante pays de l’Atlantique à l’Oural et plus de 700 millions d’habitants, mais c’est aussi, par voie de conséquence, un continent qui est le contraire de l’uniformité ; c’est le continent de la diversité, diversité des cultures, des langues, des lois, des coutumes, des arts de vivre.

Notre Europe est vivante, créative, rayonnante et grande.

Et notre projet qu’en France nous avons appelé « l’Union des Nations Européennes », sera à son image : vivant, créatif, rayonnant et grand.

Parce qu’elle s’appuiera sur la volonté des peuples, l’UNE sera réellement démocratique ;

Parce qu’elle n’imposera rien et sera fondée sur la libre acceptation de chacun, l’UNE sera respectueuse des peuples, des gens, des réalités.

Parce qu’elle encouragera les justes coopérations, consenties en fonction de besoin de chacun, en fonction du principe bien compris de subsidiarité, l’UNE sera efficace ;

Parce qu’elle placera l’homme au cœur de son projet, l’UNE sera soucieuse de la justice sociale.

Notre vision de l’Europe n’est pas une vision idéologique mais pragmatique.

Elle procède de la raison et du cœur, de la lucidité et des sentiments.

Nous savons que rien ne doit contraindre la souveraineté d’un peuple et de son droit inaliénable à disposer de lui-même.

La souveraineté représente pour les peuples ce que la liberté est aux individus ; les peuples sont les meilleurs défenseurs de leurs intérêts respectifs. On ne retient jamais un peuple contre son gré.

Nos sentiments nous appellent à nouer avec les peuples frères d’Europe les coopérations utiles à partir du moment où elles sont librement consenties, à partir du moment où elles ne sont pas irrévocables et qu’elles répondent aux intérêts nationaux de ceux qui les ont voulues.

Le projet que nous portons, « l’Union des Nations Européennes » n’est pas une utopie, n’est plus une utopie.

Traditionnellement, il faut le dire, nous avions pris le parti de n’avoir pour ambition européenne que l’envoi d’un groupe au Parlement Européen.

Nous l’avions brillamment atteint en réunissant 25 % des voix aux dernières européennes.

Parce que le rapport de force ne nous était pas favorable en Europe avec la prééminence outrageante du PPE, Parti Populaire Européiste, nous pensions que nous ne pourrions changer l’Europe que par la voie de l’Elysée.

Une autre voie s’est désormais ouverte.

Nous pouvons changer l’Europe de l’Europe.

La situation a changé et, avec elle nos perspectives et nos ambitions.

Depuis cinq ans, la donne est différente :

  • la poussée de mouvements nationaux en Europe,
  • le sentiment aujourd’hui partagé que le projet de l’Union Européenne est à bout de souffle et que ce modèle craque de toutes parts,
  • l’affaiblissement d’une Chancelière qui chaque jour qui passe perd un peu plus de pouvoir,
  • l’isolement du vibrionnant M. Macron dont l’européisme finit par fatiguer même les européistes,
  • l’explosion du mythe du couple franco-allemand et la perspective d’un renversement des alliances ;

Tout cela crée une situation favorable comme jamais.

Soyez-en persuadés, M. Macron ne représente pas le début d’un cycle, mais la fin d’un cycle.

Pour ces élections de mai 2019, nous poursuivons donc une double ambition :

En France, réaliser le score le plus haut possible avec une liste d’ouverture qui accueillera je l’espère, au-delà du Front National, tous les courants nationaux et souverainistes d’où qu’ils viennent et tous ceux qui sont attachés à la nation.

A l’échelon de l’Europe, pour les élections de mai 2019, je souhaite que nous puissions conclure des alliances avec les autres mouvements européens, au premier rang desquelles les formations qui composent les partis européens de notre groupe ENL.

J’en ai parlé à Prague il y a quelques semaines avec mes homologues dirigeants des formations composant ENL, et chacun convient que  la défense d’objectifs fondamentaux similaires dans nos pays respectifs pourrait avoir un formidable effet dynamisant pour chacune de nos listes nationales.

Après les élections, au sein du Parlement Européen, nous pourrions trouver au-delà de l’alliance électorale d’ENL des convergences avec les députés qui souhaitent faire changer l’Union Européenne de nature et non pas seulement de degrés.

La perspective d’obtenir une majorité pour changer d’Europe n’est pas si improbable.

A nous de construire cette victoire historique.

Ce serait une révolution, une révolution par les urnes, une révolution venue d’une insurrection électorale.

C’est dire mes amis si cette réunion d’aujourd’hui est importante et peut-être historique.

Elle préfigure, je le souhaite, les synergies que nous allons pouvoir mettre au service de notre projet commun et la campagne que nous allons mener pour nos pays et pour une Europe authentique, pour une belle Europe.

Ici, accompagnés du parfum printanier de Nice, dans cette belle cité azuréenne dont le nom nous renvoie à la déesse Nikaia, la déesse de la victoire, je veux voir dans cette première étape de notre victoire un engageant et un beau présage.

Vive l’Europe des Nations et des libertés !

Vive la France !

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2018-05-04T15:44:48+00:00